Festival Alimenterre : vingt ans de films pour regarder ce qu’il y a dans nos assiettes

Qui cultive ce que nous mangeons, à quel prix, et avec quelles conséquences pour la terre et pour ceux qui la travaillent ? Ces questions, on se les pose souvent en vidant un panier de légumes sur la table de la cuisine. Depuis le 15 octobre, elles ont aussi leur festival. Le festival Alimenterre, coordonné par le Comité français pour la solidarité internationale (CFSI), fête cette année sa vingtième édition, avec des projections suivies de débats organisées jusqu’au 30 novembre partout en France, souvent en présence de producteurs.

Vingt éditions depuis 2007 #

D’après l’appel à participation publié par le CFSI, le festival est organisé depuis 2007 et propose pour cette édition anniversaire une sélection élargie de dix films documentaires. Le principe n’a pas changé : une association, un cinéma, un lycée agricole, une épicerie coopérative ou une médiathèque choisit un film, l’organise en séance publique, et invite un ou plusieurs intervenants pour en discuter avec la salle. C’est ce qui fait le charme d’Alimenterre : on ne sort pas d’une séance comme d’un film ordinaire, on en sort en ayant échangé avec un maraîcher, une éleveuse ou un chercheur du coin.

Le CFSI explique aussi qu’il invite des partenaires d’Afrique de l’Ouest engagés en faveur du « consommer local » à participer aux rencontres. Un rappel bienvenu que la question du circuit court ne se pose pas qu’en France.

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Une édition placée sous le signe des agricultrices #

La sélection 2026 s’inscrit dans un cadre international. L’ONU a proclamé 2026 Année internationale des agricultrices, une initiative que la FAO présente comme un moyen de mettre en lumière le rôle des femmes dans les systèmes alimentaires. Le festival en fait l’un de ses fils rouges. Plusieurs films interrogent la place des femmes dans la production et la transformation agricoles, comme Femmes des Terres ou Paludiers… au féminin, consacré à un métier du sel longtemps réservé aux hommes.

2026 est aussi, toujours selon le document du CFSI, l’Année internationale des parcours et des éleveurs pastoraux. Le festival ouvre donc le débat sur l’élevage : quelle relation entre l’humain et l’animal, et comment concilier les attentes parfois contradictoires de la société avec le soin apporté au vivant.

Les autres thèmes de la sélection

Les dix films balaient un large spectre. Pilleurs de terre traite de l’accaparement des terres par l’agro-industrie. Insecticide, comment l’agrochimie a tué les insectes porte sur les pesticides et la perte de biodiversité. Reclaiming Cocoa part au Ghana pour raconter une filière cacao dépendante de la monoculture et de l’export. Outre-mer, terres de solutions montre comment les territoires ultramarins cherchent à moins dépendre des importations. Au nom de la mer, vers une pêche durable ? ouvre la question des ressources halieutiques, et Au fil de l’eau, de l’insouciance à la désobéissance celle des conflits d’usage autour de l’eau. Le festival s’intéresse même au rôle de la restauration commerciale dans la transition vers des modèles plus durables.

À quoi ressemble une séance près de chez vous #

Le festival est entièrement décentralisé : chaque territoire compose son propre programme. Pour se faire une idée, la déclinaison mayennaise, portée par l’association Les 3 Mondes, prévoit des séances dans des cinémas de Laval, Mayenne, Château-Gontier ou Ernée, mais aussi dans une ferme à Saint-Denis-de-Gastines et à l’Agricampus de Laval. Les entrées y sont annoncées gratuites ou à prix libre selon les séances. C’est souvent le cas ailleurs aussi, mais mieux vaut vérifier auprès de l’organisateur local avant de vous déplacer, car certaines dates sont encore données sous réserve.

Pour trouver une projection, le plus simple est de consulter le site national du festival ou de se rapprocher de la coordination régionale, dont le CFSI publie la liste. Les séances en lycée agricole sont souvent ouvertes au public et ont l’avantage de mêler futurs agriculteurs, enseignants et consommateurs autour de la même discussion.

Ce qu’on peut en retirer dans sa cuisine #

On pourrait croire qu’un festival de documentaires sur l’agriculture mondiale a peu à voir avec le contenu de notre panier hebdomadaire. C’est tout l’inverse. Le document du CFSI rappelle qu’en France, l’agriculture, la transformation, le transport, la distribution et la restauration représentent ensemble environ un quart de l’empreinte carbone nationale. Chaque choix d’achat pèse donc un peu dans la balance.

Concrètement, une séance Alimenterre est souvent l’occasion de rencontrer les producteurs qui livrent les paniers ou tiennent un stand au marché. Profitez-en pour leur poser les questions qu’on n’a jamais le temps de poser au moment de la distribution : comment ils gèrent l’eau en été, ce qu’ils sèment pour l’hiver, ce qui les inquiète. Et si un film vous a donné envie d’agir, il existe une manière très simple de prolonger la soirée : cuisiner la semaine suivante uniquement avec des légumes de saison achetés en direct, et voir ce que cela change dans l’assiette comme dans le budget.

En octobre et en novembre, la saison s’y prête bien. Courges, poireaux, choux, pommes de terre, pommes et poires sont au rendez-vous chez la plupart des producteurs. De quoi composer des soupes, des gratins et des tartes qui racontent, eux aussi, une histoire de terroir.

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